Meurtres pour rédemption

ATTENTION, roman d’une virtuosité hors du commun, destiné au lecteur aguerri.
 
Depuis son tout jeune âge, Marianne de Gréville vit avec la violence. La mort des ses parents, celle des autres. Issue d’un milieu où le crime n’est pas de mise, elle a eu le tort de commettre une erreur incommensurable. Elle a tué à l’âge où l’on commet des bêtises.
 
Condamnée à perpétuité, pour un double meurtre, elle paye du haut de ses 20 ans, le prix de son égarement à chaque instant de sa vie. Seule, derrière les murs de sa centrale, elle doit résister aux violences verbales, physiques et psychologiques de ses co-détenues et des matons. Chaque seconde est une expiation. Si, dans la cellule 119, elle trouve, un ersatz de réconfort dans les bras de Daniel Bauchman, ou dans une dose de came, elle sait que ces relations sont faussées dés le départ. Ses dépendances, son passé et son manque d’avenir lui interdisent tout pardon.
 
Marianne, qui a grandit sans amour, sans repère, a pour seule arme sa maitrise des arts martiaux. C’est une jeune femme, indomptable, perdue dans un univers carcéral où la sauvagerie fait loi. Un lieu où tout se paye. Elle subit et châtie.
 
Durant chaque heure de sa détention, elle sait qu’elle doit survivre tout en faisant pénitence.
Survivre au dégout quand elle doit se vendre en échange de cigarettes et de quelques doses.
Survivre à la promiscuité quand Daniel introduit une autre détenue paumée dans sa cellule.
Survivre à la « marquise » une gardienne, qui fait d’elle l’objet de sa perversion.
Survivre à sa colère, à ses tourments et à sa culpabilité.
Survivre aux humiliations dans sa descente aux enfers.
Survivre avec le poids Insoutenable de sa conscience à chaque instant.
Alors quand Franck, un flic douteux, lui propose sa liberté contre la seule chose qu’elle sache faire, tuer, le contrat semble biaisé d’avance. Elle traine ses barreaux avec elle car aux yeux de tous, y compris des siens, elle représente la barbarie.
 
Karine Giébel signe en quelques centaines de pages, un uppercut à la mâchoire suivi d’un direct à l’estomac. Ce roman, extrêmement construit et détaillé, est d’une brutalité inouïe.
Chaque page prend aux tripes et vous descend dans une spirale faite de violence, d’abjection.
Les personnages sont complexes. Ils s’ouvrent au fil du roman à mesure que les portes des cellules se claquent. L’inhumanité à laquelle Marianne fait face, et au sein de laquelle elle se bat, transpire à chaque page.
Enfermer les plus sauvages d’entre nous et les laisser se dévorer entre-eux est-il un avancement de notre société ? Considérée comme un animal, traitée comme tel, Marianne, peut-elle changer ? Peut-on aimer si on n’a pas la capacité de s’aimer soi-même ? Est-il possible de vivre après avoir commis un tel acte ?
Ce roman fonctionne à l’empathie. Toute évasion du lecteur est impossible. Il souffre avec Marianne et est en proie à un malaise qui se termine à la dernière page.
 
Il ne faudrait pas réduire ce roman à une description de l’univers carcéral. C’est bien d’amour et de rédemption dont il s’agit… entre violence et châtiment. « Meurtres pour rédemption » est un roman dont on ne sort pas indemne. C’est un thriller exceptionnel d’une très grande maitrise.
 
Fleuve noir
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