CAROLE MATTHIEU

Une fois n’est pas coutume, parlons film. Ou plutôt adaptation. Carole Matthieu est l’adaptation très réussie des Visages écrasés de Marin Ledun. Un véritable thriller social.

Certes ce téléfilm perd un brin pour ce qui est  du suspense et de la force narrative du texte, mais la mise en scène sobre, froide et humide rend grâce à l’atmosphère du roman. Carole Matthieu, c’est Isabelle Adjani. Toujours aussi somptueuse dans des rôles faits sur mesure. Carole Matthieu, c’est une transposition de la souffrance au travail dans  l’univers de Melidem, une entreprise de télévente. Les  employés, écouteurs vissés aux oreilles, relancent sans cesse leurs clients. La pression y est constante. Mère de l’humiliation et du harcèlement, les salariés tentent tant bien que mal de résister au stress, aux demandes de performance des managers et de la direction. Ils tâchent de survivre aux techniques de “hard management”.

Seul havre de paix, le bureau de Carole Matthieu, médecin du travail désespérée, récipiendaire, attentive et impuissante. Un suicide s’est déjà produit dans l’entreprise. Rien n’a changé. Carole Matthieu elle est le seul lien humain entre une plate-forme assourdissante, dans laquelle chacun est isolé et ces hommes et femmes broyées par la mécanique huilée du rendement. Elle enregistre les souffrances des uns, classe à travers des notes et des dossiers médicaux les effondrements des autres. Elle se fait la confidente des salariés. Elle dénonce et alerte. Elle avertit sur la souffrance au travail. Mais qui lui sert d’épaule ? Vers qui peut-elle se tourner pour reprendre espoir ? Alors Carole Matthieu s’implique en personne jusqu’au jour où elle perd pied. Le burn-out du médecin du travail. Face à un salarié qu’elle a déjà sauvé d’une tentative de suicide, elle décide de mettre fin à ses souffrances. Mi-exterminateur, mi-rédempteur, elle engage une partie perdue d’avance avec la police.  Dans ce téléfilm, tout est oppressant. La lenteur, le bruit, le ciel bas. Les extérieurs limités au strict minimum car tout se joue à l’intérieur de cette société ultra moderne où la direction tente tout pour garder la face, où les syndicats tergiversent pour conserver leurs droits.

Adjani est encore une fois remarquable. Oui je suis addict. Je le revendique. J’aime passionnément cette actrice. La force qu’elle dégage, son aptitude à donner corps aux tortures de ses personnages.

Dans Carole Matthieu, Sous un visage abimé, elle est tantôt hébétée, tantôt désorientée.  Sous un masque immuable et impavide, elle est bouleversante. Elle joue magnifiquement de ce répertoire rempli de finesse que sont la faiblesse et la fragilité face à des dérives oppressantes. Perdue dans les méandres de ses hallucinations, elle nous donne à contempler sa souffrance. Oui elle est magnifique.

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Quant à Corinne Maseiro, elle est véritablement remarquable dans son rôle de la directrice des ressources humaines perdue dans les rouages. Pour tout dire, Jean-Marc Moutout et Louis-Juilen Petit ont su adapter cette déshumanisation, ce truc sordide engendrée par les exigences de l’optimisation à tous prix. C’était à mon sens la colonne vertébrale du roman de Marin Ledun. Je vous renvoie aux Visages écrasés, vestiges de l’expérience professionnelle de Ledun. Seulement la sienne ? (à voir… allez donc fouiner un peu sur ce blog).

Si vous l’avez loupé sur Arte, réjouissez-vous, il sort le 7 décembre prochain au cinéma.

lienhttp://www.arte.tv/guide/fr/063112-000-A/carole-matthieu

 

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