BLOCK 46 – Gustawsson

Un roman ambitieux dur, fort et puissant.

Osciller entre passé et présent dans un thriller n’est pas nouveau. Pourtant lorsque Johana Gustawasson se frotte à cet exercice, elle arrive brillamment à  mêler la  mémoire de la Shoah et le thriller contemporain.

En passant du block 46, celui des expériences médicales menées par le Sturmbannführer Fleischer dans le camp de Buchenwald à Londres et la petite ville suédoise de Falkenberg en 2014 où sont retrouvés des cadavres mutilés, elle nous plonge dans l’horreur.

Nous suivons dans un récit dur, bercé par un rythme assez lent, à travers une écriture posée, qui ne font que rehausser la tension, Alexis, une écrivaine française spécialiste des serial killers et Emily Roy, canadienne travaillant à Scotland Yard et profileuse. Toutes deux tentent de démasquer le ou les meurtriers. Car le  duo d’enquêtrices aussi atypique que complémentaire, va se pencher sur le corps d’une jeune femme, Linnéa Blix – amie d’Alexis, retrouvée dans le petit village suédois, dénudée, énucléé, avec la trachée sectionnée et un étrange Y gravé sur le bras. Ce meurtre fait écho à ceux de deux jeunes garçons qui portent les mêmes traces de mutilation à Londres, mais avec un X.

2014, Londres et la Suède pour la  partie contemporaine du roman.  1945, Buchenwald et  Erich Ebner, interne en médecine, communiste allemand et déporté pour la partie historique.

Ne nous trompons pas. Si le rythme semble lent, la narration est rapide et haletante. L’équilibre est parfait. Car le flacon, qui pourrait sembler indolent dans la forme est à l’opposé du fond qui ne recèle que cruauté, inhumanité et folie.

Âmes sensibles s’abstenir. La violence du passé n’a d’égale que celle du présent. Ce thriller est sanglant et féroce. Il a pour fil conducteur la barbarie. Très vite, le lecteur se doute que la genèse de ces meurtres prend naissance dans les horreurs commises dans les camps de concentration. Un terreau d’épouvante et de folie. Et Johana Gustawasson nous mène dans une spirale incroyable jusqu’au dernier chapitre.

Si côté personnages,  les héroïnes nous paraissent plus ou moins sympathiques. Leur union apporte une tension renforcée par les composants de l’équipe qui les entoure, un commissaire bienveillant, et un inspecteur arrogant. Mais c’est pour moi, véritablement celui d’Ebner qui tranche littéralement avec le récit. Il porte à lui seul, les atrocités de la seconde guerre mondiale. Intenses en noirceur, les passages courts sont extrêmement immersifs, ils procurent un regard foudroyant sur la capacité de l’homme à commettre le pire, à vivre le pire.

Avec Block 46, Johana Gustawsson, petite fille de déporté, membre de l’association française des déportés de Buchenwald, ne tombe jamais dans le pathos.  Ce thriller a du corps et du fond. C’est suffisamment rare pour être mis en avant. Cette auteure est définitivement à suivre.

 

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