HAUTE VOLTIGE

Qu’est-ce qu’un coup de cœur ? Une petite accélération. Un iota qui plait ou vous rend intelligent. Une ‘tite baffe littéraire ? Un style qui vous fait aux pattes et vous rend de suite addict. Un roman qu’on ne lâche qu’à la fin et durant lequel on est partagé entre l’envie de le faire durer et le besoin de le dévorer. A mon sens, Haute Voltige représente cet effet. Madame Astier a le goût du détail et une tendance à la complexité pour rendre ses personnages authentiques. C’est du tout bon. Il faut lui rendre grâce, car la 4ème de couv’ était insuffisante.

Quand tu as vu de trop prêt la mort, tu apprends à vivre. C’est tout. Il faudrait commencer par mourir.- Astrakan 

La première chose qui m’a emporté, c’est le style. Un sentiment proche d’une projection du «Cave se rebiffe » où les dialogues auraient été écrits de nos jours. Pas grand-chose de parallèle entre ce film fabuleux et ce roman ! J’en conviens. Pourtant l’émotion était là. La tenue des personnages aussi. Car c’est avant tout de cela dont il s’agit. Une galerie de portraits dingues et parfaitement léchée. Une histoire de flics et de voyous sans faille. Tous les éléments de l’intrigue –devrais-je dire des intrigues – sont présentes. Amour, passion, scènes d’actions parfaitement maitrisées, Ingrid Astier jongle avec brio  entre ses personnages denses et une écriture habile qui nous porte entre romanesque et tension où le suspense tient bon. On s’accroche à ses pages comme le Gecko à ses murs.

Passons rapidement sur l’histoire. Haute Voltige débute par le braquage du convoi d’un riche Saoudien dans le tunnel de Saint-Cloud par une bande de pros. Le butin disparait, bijoux et pognon mais surtout il y a le ramassage d’une femme mystérieuse, Ylana. D’astreinte, Suarez, un flic tenace obsédé par un cambrioleur grimpeur,  est dépêché sur place pour mener l’enquête. Ylana, va renverser la vie du chef de clan, Astrakan, tout comme le Gecko a éclaté celle de Suarez.

Voici donc le gros morceau. Les personnages. Je ne me tiens qu’aux principaux. Ne te méprend pas lecteur de cette chronique, les autres sont là à foison et ils ont tous leur raison d’être. Ils sont travaillés pour nous tenir en haleine. Nombreux sont ceux qui trimballent une part d’ombre  faite de secrets enfouis, d’angoisses plus ou moins criantes et de failles parfois saillantes.

Pour ce qui retourne des principaux, ils sont élaborés et maniés avec brio. Astier les borde d’une bonne dose de psychologie et de détails qui leurs confèrent une vraie densité. On sent son plaisir de « créer des crapules », un plaisir qui déborde au fil des phrases.

Parmi eux, il y a, Ylana la belle égarée beaucoup plus solide qu’il n’y parait au premier regard, forgée par un naturel presque sauvage, pétrie d’instinct de survie. Bien entendu, il y a le côté sombre mis en mouvement avec Ranko. Constamment sur la brèche, le monte en l’air solitaire Serbe traine avec lui l’histoire de l’ex-Yougoslavie. Il sent l’authentique. C’est un seigneur de la cambriole. Il vit pour deux ambitions, le chessboxing (curieux mix d’échec et de boxe, inventé par Enki Bilal où les combattants suent autant de leur cerveau que de leurs poings) et le plaisir de vaincre la gravité. Son oncle Astrakan, celui aux grands yeux fixes à qui rien n’échappe, le patron du milieu suscite un vif intérêt. Astrakan est un monarque omnipotent en son royaume, mais il perd les pédales à la vue d’Ylana. Elle le déstabilise alors qu’il nage  dans le bonheur et les richesses dues en grande partie aux grimpettes de son neveu que par l’efficacité de ses hommes. Enfin, il y a le flic. Stèphan Suarez, le chef de groupe à la Brigade de Répression du Banditisme qui court depuis des semaines après le Gecko, Ranko, jusqu’à, négliger son épouse tant aimé,  Tamara et ses filles. Son personnage est épais, ses relations avec son équipe et sa hiérarchie fleurent bon la réalité.

Pour ce qui est des secondaires, ils sont brillants. J’ai deux mentions spéciales à partager. Le face à face extraordinaire d’un manouche aux prises avec deux gros bras d’Astrakan, deux nettoyeurs à la verve éclatante, une vraie giclée de tragi-comique noir. Et une autre pour One le blond et One le brun, avec de belles gueules de truands, le modèle classique où tout est carré, de la mâchoire à la mentalité, un duo franchement ensorceleur.

Les trois ans d’écriture pour atterrir sur Haute Voltige, font de ce roman bourré d’actions et foisonnant de détails, un roman digne des meilleurs romans noirs. C’est un petit bijou à l’intelligence  rare, au sens du récit fabuleux. Idéal pour s’évader et nous sortir du quotidien. Le suspense s’y baigne dans une langue travaillée, le rire, au détour d’une page, nous éclabousse avec par moments, des  grandes lampées  d’art, d’amour et de sang.

 

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