LA DARONNE – Cayre

Sous couvert de thriller, La Daronne est un portrait de femme atypique. Patience (son prénom), veuve Portefeux, use sa vie de quinqua entre les traductions arabe / français  des écoutes téléphoniques de dealers et de trafiquants à longueur de journée, pour payer l’EPHAD de sa mère.  Avant, à la mort de son mari, elle s’était usée à subvenir aux besoins de ses filles. Avant… c’était autre chose. Une enfance particulière. Fille d’un pied-noir aussi PDG que magouilleur, elle a très tôt appris à traverser les frontières avec de l’argent dans sa robe à smocks, tirer au 357 Magnum, bref elle a grandi entre argent glauque et parfois facile et trafics variés. Ça forge le caractère. Patience, l’avait oublié. Depuis la mort de son mari, Patience s’épuise dans une lutte quotidienne pour amasser les euros nécessaires à la survie, la sienne et celles des autres. Sa mère, ses filles. Survivre. Une vie terne, entre boulot payé au black, un manque cruel d’avenir et des pleurs.

Quand Patience croise la vie d’une famille de trafiquants marocains, c’est sans aucune culpabilité que le naturel revient au galop. A elle aussi, la part du gâteau. Alors dans son modeste appartement de Belleville, la veuve Portefeux se transforme en Daronne. Elle a tous les outils en main. Ecoutes, surveillances, langue. Elle fait du cash.

La Daronne est un court roman. Percutant, drôle. Assez inédit dans la forme et dans le fond. Le rythme est pêchu, vif. Si tout tourne autour de ce personnage principal multifacettes, campé avec une bonne dose d’originalité, quelques rares secondaires s’immiscent. La mère, une ashkénaze rescapée des camps de la mort, privée d’instinct maternel, alzheimée et enfermée dans son Ehpad, Philippe, son épistolaire compagnon, gentil et prévenant, empêtré dans sa droiture étouffante, et surtout des dealers, branchés sur le coran aléatoire,  englués dans une misogynie, inculte et puérile – un plaisir de lire les transcriptions .

Hannelore Cayre, balance gentiment un polar bourré d’humour, parfois sombre quand il se focalise sur la misère, souvent cash. Elle ne cherche pas la crédibilité. Elle offre un roman caustique, une  roublardise presque gourmande.

Édition Métailié Noir

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s